“Contre la haine, l’amour et l’espoir”
Communiqué de l’association Citoyennetés pour la Paix de Colombie-France
Février 2026
C’est avec une vive émotion que nous rédigeons ce communiqué.
Il nous est apparu impossible de garder le silence, le faire serait presque devenir complices de l’effondrement des idéaux du pays des Lumières, celui de la Révolution française et des droits humains. Un silence complice de la chute dans les abysses de la haine d’une partie de la société.
La situation est arrivée à un tel point que condamner les affirmations haineuses de l’extrême droite peut avoir de graves conséquences. Ainsi, nous comprenons le silence de certain·e·s.
À la haine, nous opposons l’amour : l’amour de l’autre, l’amour de l’humanité, l’amour de la diversité, l’amour de la justice sociale, des droits pour toustes ; l’amour d’être ensemble, de dessiner des horizons lumineux.
À la haine, nous opposons l’espoir : l’espoir d’une transformation collective de la société nous permettant de nous libérer des oppressions, tel que Angela Davis nous y invite.
Nous avons besoin de référents de l’amour et de l’espoir en politique, y compris là où on les attend le moins. Gustavo Petro, notre président colombien, appelle à une politique de l’amour et à la protection de la vie sous toutes ses formes comme boussole de son programme de gouvernement — premier gouvernement de gauche de l’histoire du pays. Nous retrouvons également les paroles du père Camilo Torres Restrepo sur « l’amour efficace » : un amour qui vise à garantir des droits et une vie digne pour toustes.
La pensée de Petro et de Camilo fait plus que du bien. Leurs mots tracent le chemin d’un autre monde possible, loin de celui des chaînes d’information dominantes, des responsables politiques complaisants avec l’extrême droite et de l’extrême droite elle-même.
Ce chemin vers cet autre monde est pavé d’amour, d’espoir, de tendresse, d’amitié, de soin — longtemps construit et labouré par des centaines de femmes, vivantes ou déjà parties, qui ont osé nommer ces dimensions en politique. Aujourd’hui, nous devons actualiser et embrasser leur héritage : celui de Rosa Luxemburg, Angela Davis, Maria Cano, Claudia Korol, bell hooks et tant d’autres, sans peur et avec fierté.
Fort·e·s de la légitimité de notre histoire en tant que Colombien·ne·s ayant connu l’extermination du parti politique Union Patriotique (plus de six mille victimes), la traque et l’assassinat systématique de dirigeant·e·s sociaux, défenseur·e·s des droits humains et de l’environnement, syndicalistes et personnalités politiques de gauche, sous la doctrine de « l’ennemi interne » d’un régime d’extrême droite, nous nous adressons à toute la communauté française et appelons à la responsabilité.
L’heure n’est ni à la compromission ni aux petits jeux opportunistes électoralistes. Les bottes résonnent dans les rues des villes françaises. Les plus vulnérables subissent la violence de plein fouet. L’inversion des valeurs se fait sans contradiction sur les plateaux des grands médias. La fenêtre d’Overton s’est déplacée à un point tel que nous nous demandons combien de temps il faudra pour qu’elle revienne à sa juste place.
Il est temps de faire front commun, sans ambiguïté, d’entourer celles et ceux qui subissent les attaques. Car ce sont les humanistes, les syndicalistes, les ouvrier·e·s, les défenseur·e·s du droit international et des droits humains, la communauté LGBTQIA+, les femmes — toute la société — qui est visée.
Nous exprimons toute notre solidarité envers le président du groupe d’amitié France–Colombie de l’Assemblée nationale française, Hadrien Clouet, ainsi qu’envers sa formation politique La France Insoumise, victimes d’une cabale croissante, recevant des menaces de mort et subissant des agressions et dégradations dans leurs permanences, siège et domiciles. Nous condamnons fermement ces violences!
Nous exprimons également notre solidarité envers les syndicats, les librairies, les lieux de culte attaqués par une idéologie haineuse qui défile librement dans les rues de France et trouve des relais au sommet même du pouvoir politique. Non, ce n’est pas normal!
Aucune vie ne doit être ôtée par qui que ce soit. Mais nous ne pouvons pas ignorer les différences de traitement. Tandis qu’un homme raciste, antisémite et néon4zi peut obtenir une minute de silence, un peuple entier est massacré en Palestin3, sous un génocid3 reconnu par la Cour internationale de Justice. L’antisémitisme est instrumentalisé au service du sionisme ; la défense du droit international et du peuple palestinien est criminalisée. Ce qui se passe en Palestine, ainsi que l’inaction voulue de plusieurs États européens, a ouvert la porte à l’acceptation des pires horreurs.
L’antifascisme défend la vie. Le criminaliser est une insulte à la mémoire des résistant·e·s français·es face au nazism3.
Nous refusons d’accepter le monde qu’iels veulent nous imposer.
À la haine, nous opposons l’amour et l’espoir.
Aux bottes, nous opposons la force et la sagesse de nos ancêtres.
« Soy porque somos, somos porque soy ».
« Contre le fascisme, l’espoir est une exigence absolue » — Angela Davis (titre d’un entretien dans La Déferlante).
« La politique ne peut pas être l’exercice de la haine. Elle doit être l’exercice de l’amour. »
Gustavo Petro
Avec amour et espoir,
L’équipe de Ciudadanías por la Paz de Colombia–Francia
